Une légende ancienne, une lueur d’espoirLa légende raconte que sur de lointaines contrées vivent de mystérieuses créatures qu’on disait aussi imposante qu’une montagne. Ces créatures, les Colosses, détiennent en eux un pouvoir qui n’a pas de prix pour un mortel : celui de ramener à la vie une personne que la mort a emporté. Armé de son arc, de son épée et porté par son amour désespéré pour cette femme aux longs cheveux bruns, le jeune héro se condamne pourtant à réussir cet exploit impossible : celui de terrasser seul ses adversaires si imposants qu’ils semblent invulnérables…Développé par la team du précédent Ico, le jeu nous propulse dès la première minute dans un monde profond où règne un silence inexplicable. Le jeune Wanderer se dirige lentement vers l’autel des dieux, transportant sur sa mouture le corps inanimé d’une jeune femme. Une fois la dépouille soigneusement déposée, la voix du maître des lieux, Dormin, se réveille et accepte d’exaucer le souhait du jeune homme à la condition que celui-ci abatte les 16 colosses disséminés sur ces terres abandonnées. Le scénario tient sur quelques lignes et pourtant l’aventure arrive à nous tenir en haleine même bien au-delà de la fin du jeu. C’est avant tout la façon dont on veut nous faire percevoir la quête du héro qui va rendre celle-ci plus prenante. Un monde gigantesqueUne fois le contrôle du personnage acquis, vous ferez vite le constat suivant: le monde qui vous entoure est tout simplement énorme. Le héro, sur le dos de son destrier, est littéralement noyé dans un univers immense, un décor d’une profondeur extrême qui n’est pas sans rappeler les terres à perte de vue de Mongolie. Ce paysage fascinant bien que gigantesque ruisselle de petits détails et ne manque pas de variété : cours d’eau, forêts verdoyantes, falaises et montagnes abruptes ou encore désert, tous les styles sont représentés et chaque lieu est unique. La cohérence et le réalisme du tableau sont tout bonnement frappants. Néanmoins, ce cadre de jeu magnifique ne masque pas le fait que vous êtes complètement seul, pas la moindre trace de vie humaine en ces lieux. A part quelques animaux et des ruines antiques pouvant attester d’une civilisation très lointaine, vous ne trouverez personne avec qui discuter ni tout simplement aucune autre chose à faire que de vous concentrer sur votre unique objectif, celui de trouver les colosses pour mettre fin à leurs jours.Pourquoi alors avoir fait un monde aussi vaste si il n’y a que les colosses à affronter ? C’est vrai que c’est logique de se poser la question. Ce moment de répit ou l’on cherche son adversaire nous permet véritablement de se poser et de ressentir véritablement la solitude du jeune homme et sa profonde détresse qu’accentue une allure frêle et une démarche maladroite. A ce propos ses mouvements ainsi que ceux du cheval ont été travaillés avec une précision tout à fait remarquable de part le réalisme et le coté naturel, authentique. Par ailleurs, même si on se retrouve toujours dans la même mécanique de jeu, à savoir partir de l’autel jusqu’au colosse, le battre, puis recommencer etc, sachez qu’il n’y a pas de temps dans le jeu. Cela vous permet de jouer à votre rythme, de prendre le temps de regarder ce qu’il y a autour de vous, bref pas de stress, le moment de calme avant la tempête… Des affrontements épiques et titanesquesEt la formule n’est pas assez forte pour décrire l’intensité des combats qui vous opposeront tour à tour aux 16 colosses du jeu. C’est en brandissant votre épée vers la lumière du ciel que vous trouverez votre chemin, c’est également avec elle que vous trouverez les points faibles de vos ennemis. Mais tout d’abord qu’elle ne fut pas la stupeur que l’on ressent devant l’imposante masse que représente un colosse, une véritable montagne mouvante dont la moindre esquisse peut vous mettre en pièce. C’est pour cela qu’avant de partir à l’assaut, le joueur doit toujours adopter en premier lieu une phase d’observation et de réflexion en jouant finement au chat et à la souris, pour étudier et décortiquer les mouvements de son adversaire, afin d’élaborer le plan qui lui permettra d’arriver à proximité du point sensible. Souvent vous devrez vous servir du décor pour approcher ou vous protéger, et de votre arc pour provoquer le colosse. Une fois votre stratégie avancée, vous devez vous agripper aux endroits pourvus de poil, puis escalader le long du corps pour enfin arriver au point faible qui se révèle à proximité de votre épée. Encore une fois l’ambiance est toujours au cœur des débats, avec durant cette phase des thèmes orchestrales de toute beauté, mettant en évidence l’aspect et épique et extraordinaire du combat. Le colosse, ayant ressenti votre présence, essaie de vous faire lâcher prise tandis que courageusement vous vous accrochez tant bien que mal. Une jauge d’endurance vous permet de gérer votre capacité à vous agripper ou à respirer sous l’eau. La jauge de vie, elle, remonte assez vite en cas de blessure mais il ne suffit pas de grand-chose de la part d’un colosse pour vous infliger des blessures mortelles. Les 16 colosses sont tous uniques et variés, avec un, deux voire trois points sensibles pour chacun.Une fois le coup de grâce porté au monstre, le soulagement et la satisfaction du devoir accompli se font modestement ressentir. L’âme du colosse se retrouve alors absorbée automatiquement par le héro qui s’évanouie pour se retrouver à nouveau à l’autel. Le temps de chargement après la mort du colosse est volontairement long, noir, et à ce moment on ne peut s’empêcher de penser au combat tragique qui vient d’avoir lieu et de voir les choses autrement. Comment peut-on accepter d’éliminer ces colosses qui semblent vivre en harmonie avec la nature dans le but de satisfaire l’ego d’un héro n’œuvrant que pour revoir un jour sa bien-aimée? C’est alors qu’il faut comprendre la détresse et la déchéance dans lequel est réduit le jeune guerrier, une quête injuste au service d’une entité divine à l’identité improbable pour un souhait absurde. Au-delà des limitesMalgré le soin énorme apporté à Shadow of the Colossus, on constate bons nombres de défauts. Les principaux sont d’ordre technique, la réalisation du jeu repousse la playstation 2 à ses dernières limites, affichant ainsi quelques lacunes au niveau de l’animation durant les combats fratricides, ou quelques scintillements et bugs de collision. Néanmoins ça reste gérable et n’entache que faiblement un ensemble technique de grande classe. L’autre point faible réside sans doute dans le concept même du jeu, un concept qui forcément ne plaira pas aux amateurs d’action pure à 200km/h et à ceux qui reprocheront la linéarité du parcours.Cependant, l’équipe de Fumito Ueda a le mérite de proposer un jeu hors norme, une aventure touchante, une expérience du jeu vidéo différente qui fait de ce titre un véritable chef d’œuvre. |
9/10
Shadow of the Colossus est donc un jeu à essayer absolument. Son univers envoùtant et une réalisation de très haute volée saura vous émouvoir.